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introduction (dos de couverture) — LUCAS RACASSE

« Avec ces 292 pages, je vais vous ouvrir les portes de mon royaume, mon royaume d’images. Un lieu où je passe la plupart de mon temps. À regarder le monde tourner. Comme un goutte-à-goutte. D’un sens à l’autre. J’sais plus trop lequel. Mais en vrac, je vais vous parler d’étoiles et cratères, d’os et vertèbres, des sujets qui rongent et de ceux qui font marrer, de ce qui vous fait rêver et donc souvent cauchemarder ; d’amour, sexe, haine, mort, religion. Bien frais ou saignant. Junk food ou natures mortes, celles de ces Maîtres qui ne cessent de me perturber et m’empêche de dormir, comme un phoque dans le désert ; des mecs et des meufs qui me font planer, me font flipper ou me débectent; de la hausse du prix de la Marie-Jeanne et de la baisse du salaire de tous les plébéiens ; des bipèdes qui se haïs- sent, ou qui s’aiment (mais c’est beaucoup plus rare) ; de ceux qui se tuent, tuent, ressuscitent, se réincarnent (j’ai des doutes), s’éclairent, se matérialisent ou s’invisibilisent, s’incrustent, se cassent, se battent, nous battent, se soumettent et/ou se soulèvent, ou pas ; bref, un sacré bazar tout ça. Yeux sensibles s’abstenir.»

préface
ALAIN COFINO GOMEZ | Auteur & directeur du Théâtre des Doms (Avignon) | 2021

« Entre, 'où est Charlie' et les scènes infernales de Jérôme Bosch, il est un territoire qui se nomme lui-même royaume et qui semble un grand bordel coloré; c’est là que s’organise un chaos qui est le nôtre, sous les yeux d’un observateur obsédé,

Lucas Racasse.

On pourrait penser que ces paysages d’humains, ces visages et ces corps sont là pour nous divertir comme peut le faire un bon film d’horreur ou qu’ils sont là pour nous réveiller de notre torpeur citoyenne et politique comme le ferait le discours vrai de la sagesse, mais à bien regarder, à regarder longuement et précisément, il semble en fait que le travail de Lucas soit plus complexe que cela. Le créateur semble nous tendre non pas un miroir, mais plutôt un tableau qui fut longtemps abandonné dans un grenier, un portrait oublié, celui de Dorian Gray. Un portrait de ce qui pourrit à l’abri et qui nous préserve, immaculé et lisse, dans le monde. Voici donc notre Dorian Gray collectif enfin révéler et offert à l’examen, cette monstruosité qui s’est construit de nos lâchetés, de nos arrangements et de nos haines, tandis que nos corps et nos visages sociaux se promènent de par le monde dans une éternelle jeunesse morale et esthétique. 

Dans le grenier, oubliée, la toile ensorcelée emmagasine nos horreurs et nous préserve d’en porter les stigmates au quotidien. C’est sans compter le travail d’artiste tel que Lucas qui œuvre à révéler ce que nous sommes collectivement devenus.

Mais, Lucas ne s’arrête pas à ce geste de révélation de notre clown monstrueux, il met également en scène ses visions dans des fresques jubilatoires qui osent la juxtaposition. Il aime confronter dans un même espace des idées et des temporalités qui n’ont coexisté que dans son esprit. Un immense bain des dieux de toutes les religions, un ring de boxe Historique et multitemporel ou un enfer des riches entre décombres et parc d’attractions morbides. Il rassemble, ce créateur, les éléments disparates d’un discours inouï parce que dans son royaume, c’est lui qui tord l’espace et le temps à coup de collages et de peinture numérique pour raconter l’essence de notre époque, sans concession, sans pitié, avec amour parfois, avec dégoûts parfois.

Que ce soit dans ses gestes de révélation ou dans ses rassemblements d’espace-temps, Lucas n’épargne personne et transgresse les tabous pour faire surgir les évidences. Wall Street Bull est partout et dirige dans l’ombre ou au grand jour notre monde comme d’évidence la finance elle-même s’est emparée de nos démocraties. Les nazillons qui rongent nos élections partout en Europe sont veules et pervertis à l’exact contraire de la moralité et de l’ordre qu’ils promettent.

Lucas est aussi l’homme de la citation et de l’hommage. Son travail est un exercice d’emprunt et de recréation, les Maîtres et les Maîtresses en art sont là qui veillent sur lui et il se plaît aussi à les rassembler au cœur de l’espace-temps de son royaume, dans des foules qui manifestent ou dans un parlement paradisiaque où se déroulent d’interminables débats sur l’Art.

Entre éloge et pamphlet, entre estime et mépris, les œuvres de Lucas témoignent autant de son grand amour comme de sa grande haine face à l’humanité qu’il semble observer d’un point situé un peu plus loin de la mêlée.

Si Lucas se tient à bonne distance du monde pour nous le dépeindre dans ce qu’il a d’organique et de coloré, il est parfois au contact de son sujet par exemple lorsqu’il s’agit de la Belgique et de la belgitude. Là encore, il emprunte à 'l’école belge' absurde et psychanalytique dans ses variations de jeux de mots. Encore une fois, il se donne la liberté d’inviter le who's who made in belgium dans une sélection de personnalités qui lui ressemblent, des intransigeants, des authentiques et des belge-fous.

Durant cinq années j’ai eu le plaisir de partager des moments de création avec Lucas dans le cadre de la communication du théâtre que je dirige. C’est un autre jeu que nous aimons tous deux, celui de la commande. C’est un jeu qui le confronte à l’autre et qui sans doute l’extirpe de son royaume pour en dégager des outils qu’il peut mettre au service de l'autre. Et à ce jeu-là, j’avoue qu’il excelle. Il sait entendre le sous-jacent dans les propos du commanditaire, les accompagner et surprendre par des propositions audacieuses et d’une pertinence coupante et piquante. Il a du génie et ne se fatigue jamais de le solliciter, souvent au cœur de la nuit, solitaire devant l’écran blanc luminescent.

Enfin, je ne terminerai pas ceci, sans dire que bien entendu, ce gars-là a des défauts, mais c’est peu dire qu’il a les défauts de ses qualités et que son amour des autres comme son dégoût des uns s’exprime parfois sans retenue avec l’authenticité émue d’un observateur qui a du mal à rester les bras ballants devant le beau ou la catastrophe. »

introduction du chapitre 'Fresques'
JEAN-MARIE WYNANTS | Journaliste | 2021

« La fresque, chez Lucas Racasse, c’est le grand œuvre, le feu d’artifice, le moment où explosent toutes les contraintes. L’artiste peut alors se déchaîner, créant des rencontres aussi improbables que jouissives, composant des foules où n’apparaissent que des visages connus que le spectateur peut prendre des heures à identifier un par un. Si l’art de la fresque a souvent servi à célébrer les exploits de nos grands hommes, la manière dont Lucas Racasse s’en empare se démarque totalement des règles du genre. Empruntant leur visage à des personnalités politiques, médiatiques, scientifiques, sportives, religieuses, philosophiques, musicales... il crée d’impossibles rassemblements qui font rêver, halluciner, rire ou grimacer.

Dans 'Wonderland', les 100 personnalités les plus riches de la planète hurlent de rire, entraînées sur des montagnes russes incontrôlables aux allures de veau d’or tandis que l’apocalypse se déchaîne autour d’eux. Dans 'Inferno', ce sont les plus grands meurtriers de l’histoire qui prennent leur pied en assistant à un match de boxe entre Caïn et Abel arbitré par Adolf Hitler. Avec 'Le Bain Bénit', il entraîne dans des eaux paradisiaques des dizaines de dieux, saints, prêcheurs et autres personnages religieux. Il va plus loin encore dans 'Belgica Sexicæ Unita' qui prend à la lettre l’expression du ‘grand bordel belge’ en organisant une énorme partouze avec tous nos hommes et femmes politiques.

Iconoclaste Racasse? Sans aucun doute. Et il se donne du mal pour dégoter, sur le visage de chacun, l’expression collant parfaitement au rôle qu’il lui a dévolu. Mais ce Michel-Ange contemporain ne se complaît pas uniquement dans la mise en scène des turpitudes de ce bas monde. Quelquefois, il quitte l’Enfer de Dante pour nous emmener du côté du Paradis. Cela donne alors la formidable réunion de centaines d’artistes dans un 'Parliamento' dont on rêverait de suivre les débats. Ou la manifestation géante rassemblant des people du monde entier autour du slogan 'Libérez les images'. Sans oublier ce 'Midnight in Belgium' où toutes les personnalités marquantes de notre pays se retrouvent autour d’un fritkot devant le Palais Royal. "Formidable !" se marre Stromæ. 'Surréaliste !' s’amuse Magritte devant une frite qui danse et un Manneken Pis surmontant la Marque Jaune. Et on peut parier que dans une fraction de seconde, tous beugleront en chœur avec Arno: "Putain, putain, c’est vachement bien !" »

introduction du chapitre 'Series' & Portraits'
XAVIER LÖWENTHAL | Auteur, dessinateur & éditeur (La Cinquième Couche) | 2021

« Les séries et les portraits de Lucas Racasse participe d’une esthétique baroque qu’on pourrait dire ‘d’auto-tamponneuse’ (‘d’autoscotère’, aurait-il dit lui-même, dans son enfance brabançonne), avec les chairs et les muscles marbrés de Rank Xérox, le héros culte de Liberatore, et, simultanément, les calmes chiaroscuri des tableaux de Hopper.

Ses filmstills à la Cindy Sherman, de films qui n’existent pas toujours, présentent des scènes sordides de faits divers violents, toujours nimbés d’une lumière boréale, comme une annonciation de Fra Angelico. Guy Peelaert fut son maître, sa fée, la marraine qui se pencha sur son berceau. Peelaert, qui n’avait besoin que d’une image pour dire les 129.600 que comptent un film. Cela en fait des noms, en à peine quelques lignes. C’est que l’imaginaire de Racasse est plein de références : c’est un homme cultivé.

Racasse a beaucoup travaillé pour l’art vivant (une soirée endiablée, c’est de l’art vivant). Ce qui est vivant meurt (sauf l’instant, qui est parfois éternel). Ce travail-là précède l’événement, l’annonce, l’accompagne parfois. L’événement passe. Il produit ces instant éternels et disparaît. Il en survient un autre et ça recommence. C’est un rythme saccadé, frénétique aussi. Il faut aller vite, rendre les choses à temps. C’est un sprint en équipe. La ligne franchie, Racasse, loin de toute urgence extérieure, mû par sa seule urgence intérieure, retrouve la solitude du coureur de fond. Car il court encore, il ne peut pas s’arrêter, il est comme la révolution qui est comme une bicyclette qui, pour ne pas tomber, va. Il se plonge alors avec délectation dans l’ouvrage obstiné de l’artisan, jusqu’à ce qu’un nouvel événement l’en arrache. C’est ainsi qu’il trompe la page blanche : en menant, parallèlement à son travail d’artiste de l’événement, plusieurs séries, de front, qui, elles, ne s’achèvent jamais.

Des affiches de films qui n’existent pas, des dioramas de champs de bataille (Waterloo! Waterloo!) évoquant l’actualité politique et les ‘grands hommes’ qui la font, à coup d’élections et de guerres, sous le regard cauteleux de Walter Bull, son Belzébuth, des chicons, des frites, des atomiums (atomia?), saint roi Baudouin et sa vierge Fabiola, la vérité de la chair putrescible dans les représentations cliché de l’amour kitsch, des travailleuses du sexe comme des portraits de reines... Et ne soyez pas surpris de ne pas reconnaître tous les portraits d’icônes à la Warholl de Racasse: à ses yeux, tous ses amis sont des pop-stars. »

 

introduction du chapitre 'Publications & Édition'
JO DEKMINE (1931-2017) | Fondateur du Théâtre 140 (Bruxelles)

(Préface du livre ‘Les images Bazooka de Lucas Racasse’ | 1999)

« À la veille de l’an deux mille quel est le parcours de l’image au laser à la fois fixe et qui bouge et se porte témoin de ce que je regarde à l’instant ? Me permettant d’en garder une trace, de romancer la photo-minute, de m’en restituer l’actualité sensible? On n’est plus vraiment en train de parler d’art plastique, du coup de crayon généreux sur le ton qui présidait aux belles lettres. Il s’agit plutôt ici du portrait-robot des moments présents, de notre monde dont le rythme déconnant nous oblige à regarder vite et juste et à l’épingler au passage; à bloquer l’image dans sa trajectoire.
Lucas ne fait pas dans la dentelle, ses flashs nous renvoient au vécu, à ce qu’il peut y avoir d’américain dans notre vieille Europe, de new-yorkais dans Bruxelles et Los Angeles dans Schærbeek ou La Louvière. Il s’agit de percevoir la beauté-laideur de nos villes-champignons où les créations tous azimuts et les délires de la pub se répandent comme une coulée de lave. Plus question de jouer les esthètes, les trieurs de lentilles, il y a une énergie à capter, une espèce de force dont il ne faudra pas dénaturer le sens. Cette vision des choses engendre une certaine façon de trafiquer le document photo, de le jeter dans les bains multicolores ou aniline pour forcer l’image dans ses retranchements, s’en faire le cinéaste, le reporter, le journaliste. Les années de l’informatique ont modifié la captation de ce qui nous est donné à voir et les jeux électroniques s’insinuent dans le langage poétique. Que cela scandalise certains présente fort peu d’intérêt.
En épluchant la production de Lucas je pense à ce que ces mêmes personnes appellent prudemment ‘le bon goût’. Pour présenter à Paris la créativité bruxelloise, il a renversé la Tour Eifel et l’a transformée en cornet de frites. Un raccourci saisissant, une image drôle, peu prétentieuse et qui fait mouche. Dans les plus beaux tableaux de Brueghel l’Ancien, plein de détails pourraient sembler de ‘mauvais goût’ mais la patine de l’histoire a fait son travail. Il ne faut pas édulcorer l’esprit gouailleur de ce bruxellois, cette espèce de santé qui jamais n’empêcha les subtilités de ses créations.
L’illustration d’un spectacle se situe entre le diagnostic et la bande de lancement. Il s’agit de ‘définir’ l’objet, d’en livrer l’épiderme. Je reconnais là le talent du tendre iconoclaste, respectueux de ses proies. Le sujet et le verbe. »

introduction du chapitre 'Inédits' — LUCAS RACASSE

« Ah les tiroirs ! Je les déteste. Ces rangements coulissants qui renferment tant de projets. Tentatives d’idées, tests inaboutis, collaborations annulées, dessins préparatoires et autres projets avortés. Abandonnés. Comme un chien au bord d’une route pendant les vacances. On y revient que très rarement.


Je les déteste ces tiroirs car, je le sais, des projets magnifiques s’y cachent. Quelque part entre le brol et le bazar. 'Si il a atterri dans ce tiroir, c’est qu’il n’était pas bon'. C’est souvent vrai. Mais parfois il fallait juste un peu de temps pour qu’il refasse surface et dévoile son potentiel à exister.

Certains beaux projets demandent de la patience. Mes tiroirs en sont pleins. J’ai le temps. En voici quelques-uns qui me tiennent au corps. »

introduction du chapitre 'Films & Animation'
ROSALBA TORRES GUERRERO | danseuse & chorégraphe | 2021

« Bien lui en a pris de nommer sa maison de production de films ‘Moyens du bord’. Du pur Racasse ! Voilà qui signe un esprit qui ne se laissera en rien démâter, ni par les écueils ou les orages imprévus, ni par quoi que ce soit qui tenterait d’entraver son ingénieux système D multi-étoilé afin que reste tendu le fil de la création animée et filmée.


Habile inventeur tout-terrain, par vocation et en toutes circonstances, car restrictions et limitations riment, fort heureusement chez lui, toujours avec solutions et inventions, malgré des conditions de productions souvent impécunieuses ou au mieux, modestes. Artisan et peintre de l’image numérique, il s’adapte et embrasse chaque époque technologique dans une joyeuse accumulation d’outils garnissant une palette d’expressions exigeantes mais, sans barrières ni tabous, œuvre autant dans l’excès et la surabondance que dans la sobriété classieuse.


Il y a peu de compagnon de création aussi farouchement attaché à fouler, main dans la main et pas à pas, le sillon incertain de la recherche artistique et de la conception d’un spectacle pour y créer un monde de sens et de sensible en osmose. Car il modèle l’image jusqu’à la rendre matière vivante, la rendre corps à l’égal du mien, qui danse avec elle. La frontière devient illusoire et le trouble réel.


Puisque l’alliage de l’animation et du spectacle vivant sort d’une forge incertaine où dimensions de chair et d’os et du numérique doivent se fondre, Lucas parvient à ce mariage en prêchant le faux pour obtenir le vrai, en faisant vibrer le trompe-l’oeil mais jamais le trompe-l’âme, tout en appliquant sa devise : tout droit ou tout de travers ! Et... tous ensemble ! Indispensable pour tendre un guet-apens à l’émotion. Du noir profond dans un vide sidéral ou dans la jungle des couleurs folles, faire crier le monde, faire surgir le beau, la sensualité brutale, frémir les silhouettes, vibrer le grain, et luire l’évanescent.
Penser, réfléchir, mais rêver en créant le possible. Lucas, oeil de lynx et sanguin au grand coeur. »

introduction du chapitre 'Back to the Future' — LUCAS RACASSE

« À l’heure où je boucle ce livre, il me paraissait essentiel de vous laisser entrevoir l’avancement de deux projets passionnants démarrés durant le premier confinement Covid de l’année 2020, et qui sont toujours en création. Vous laisser renifler ce qui aujourd’hui mijote dans mes chaudrons. Histoire de ne pas terminer ce livre avec des recettes d’hier. NOW FUTURE ! »