"Des pionniers aux figures les plus contemporaines, voici les cent voyous qui ont fait l’histoire du crime organisé. Un tour du monde en cent visages pour présenter au lec- teur ces gueules qui ont pesé leur poids en or, en cocaïne ou en billets de banque. Les grands bandits français, ceux qui ont pesé dans le milieu, occupent bien sûr une place prépondérante dans ces portraits, de Cartouche à Bonnot, des Guérini à Mesrine.

L’autre grande famille est celle des Italiens et de leurs descendants italo-américains, qui ont inventé et déve- loppé la mafia, de Salvatori Guiliani à Carlos Gambino, en passant par Lucky Luciano. La galerie de portraits de ces hors-la-loi serait cependant incomplète si on oubliait les grands noms de la mafia juive, les boss des triades chinoises, les grands mafieux russes, ukrainiens, turcs, serbes, indiens, sans oublier les grandes figures des car- tels latino-américains. Voici les deux premiers portraits de ces plus «beaux» gangsters engendrés par la planète, présentés par Lucas Racasse, fameux serial illustrateur franco-belge. Le panel des hommes les plus infréquentables, dont l’ascension et les méfaits seront contés par Frédéric Ploquin, écrivain et journaliste, spécialiste du crime sous toutes ses formes."

 

Les 100 plus beaux voyous du monde

Frédéric Ploquin & Lucas Racasse

photo-montage & digital painting

55 x 35 cm | studies for a book project | unpublished — 2019

 

Jacques Mesrine

 

Mesrine  n’est pas un voyou comme les autres, d’ailleurs peu d’entre eux voulaient travailler avec lui. Marqué par la guerre d’Algérie, il était plus proche de Minute que de Libération et n’aime pas trop les Arabes. Il est le premier gangster médiatique de l’époque contemporaine. Monter sur un coup lui importait moins que de faire savoir qu’il était monté sur ce coup. Très vite, il a joué avec les médias. Chercher la lumière. La publicité. Quand la plupart des voyous recherchent silence et discrétion, lui a cherché la Une. Il lui a même pris de tirer dans les pattes d’un journaliste de Minute attiré dans une grotte en forêt.  Le tout ponctué d’un livre dont nul ne sait s’il l’a écrit lui-même ou sous-traité à un co détenu : L’instinct de mort. Le milieu s’est encore plus méfié de lui. Alors que les autres fuyaient la police, sauf pour traiter avec elle, lui provoquait en duel Robert Broussard, le chef de l’antigang. C’était lui ou le flic. Le premier qui pourrait tirer tirerait. Les flics ont mis le paquet et précipiter le face à face mortel. Jacques Mesrine n’a eu le temps de sortir ni son flingue, ni sa grenade. Il est mort dans sa BMW porte de Clignancourt, le 2 novembre 1979. Son chien y est passé aussi. Sa compagne, Sylvia Jeanjacquot, s’est difficilement remise de ses blessures.

 

Sylvia s’en souvient comme si c’était hier. Attablée devant un chocolat chaud dans un salon de thé parisien chic et calme, sa mémoire est vive à l’évocation de « son Jacques » : « J’ai été séduite par son allure, très classe, non pas dans les fringues parce que justement il était sapé n’importe comment, - une espèce de combinaison de plâtrier, il était en cavale tout de même !-  Ca, je le saurai plus tard. Non, c’est son air de gentleman que j’ai aimé. Il est venu vers moi à plusieurs reprises, il voulait m’offrir un verre, que j’acceptais, c’était mon boulot, j’avais pas le choix, lui il prenait son truc à boire, moi ma fausse coupette de champagne. Il me parlait de tout et de rien. Au début, je le considérais comme un client lambda, je le servais et je discutais avec lui, point. Il voulait quand même m’inviter à manger, hors du service et loin de Pigalle. Après plusieurs refus, j’ai fini par accepter de dîner avec lui. Et je ne l’ai jamais regretté ».

 

 « Quand il m’a dit qu’il était Jacques Mesrine, j’ai pas bien compris. Je lui ai demandé qui était Mesrine ! Je devais être la seule en France à l’ignorer, ça l’a un peu agacé. Un jour, alors qu’on était installés dans son petit studio, il pose devant moi un énorme paquet de coupures de presse. Il voulait que je sache tout, tout, tout ! Il avait aussi besoin que j’enregistre les têtes des flics qui le recherchaient. Il me disait : « Regarde-les bien, il y a des photos, essaye de les avoir en mémoire, on ne sait jamais, au cas où tu les croises dans la rue, qu’ils te suivent.. » J’ai feuilleté beaucoup, j’ai regardé les images, les magazines, des tonnes de magazines. J’ai survolé, il y en avait tellement ! Je recherchais plutôt les faits, les braquages... ce qu’il avait fait. A ce moment-là, je me suis dit : « Je rencontre l’homme de ma vie, je suis vraiment amoureuse, je l’aime, je veux le suivre, et puis, voilà, c’est quand même un peu embêtant... c’est l’ennemi public numéro 1 ! Dans ma tête, ça trotte ; je pense que ça va être compliqué... Avant de le rencontrer, j’avais une vie normale, un travail, un appartement, et avec lui je me doutais que ce serait l’inverse, il avait toujours mené une vie de folie. J’ai accepté tout en bloc et en même temps, je me suis dit : C’est ainsi, il faudra faire avec. Mon chéri, c’est l’ennemi public...» Frédéric Ploquin

Joaquín «El Chapo» Guzmán

 

El Chapo est petit, mais il est vaillant. 1,60 m de haut, le « trapu », de son vrai nom Joaquin Guzman Loera, n’en pèse pas moins son poids en billets de banque : 5 millions de dollars. Le montant de sa mise à prix par les autorités américaines après son évasion d’une prison de haute sécurité mexicaine, en 2001, où il était censé purgé une peine de vingt ans. En cavale, ce fils de paysan réputé analphabète, père de neuf enfants issus de trois lits, n’a cessé de gravir les éche- lons du crime, jusqu’à bâtir le plus important cartel du Mexique. Un empire que vantent des dizaines de corridos, ces chansons popu- laires qui tissent des couronnes aux plus grands bandits du pays, sans une larme pour les quelques 80 000 morts, sans compter 26 000 disparus recensés dans le pays depuis 2007 et l’entrée en piste de l’armée contre le narcotrafic.


La réalité servant la légende, El Chapo Guzman a grandi dans un petit vil- lage accroché aux montagnes du Sinaloa, au nord-ouest du Mexique. Il fait ses premiers pas au sein du cartel de Guadalajara, avant de pousser, dés 1990, à la création d’une sorte de coupole des parrains locaux. Mais la concurrence est féroce à l’heure de contrôle les routes d’accès vers le marché nord-américain, et il doit se réfugier au Guatemala, où il est arrêté en 1993. Une pause qu’il met à profit pour revenir en force sur le terrain, lui qui fait en 2009 une entrée remarquée dans le hit parade des hommes les plus riches du monde, réalisé par le magazine américain Forbes. Fortune estimée : un milliard de dollars. Dernières trouvailles : des bananes en plas- tique fourrées de cocaïne.
De nouveau arrêté en 2014, le « trapu » parvient à s’évader à nouveau en juillet 2015, grâce à un tunnel long de 1,5 km creusé par des complices sous la prison. Un coup spectaculaire qui met à mal la réputation des respon- sables politiques du Mexique, où nul n’ignore la grande porosité qui pré- vaut entre les narcos et les services de l’Etat, à commencer par la police et l’armée.

« Je fournis plus d’héroïne, de méthamphétamine, de cocaïne et de mari- juana que n’importe qui d’autre dans le monde », se vante-t-il auprès de l’acteur américain Sean Penn, venu le rencontrer dans son ranch perdu au milieu de la jungle mexicaine. « J’ai une flotte de sous-marins, d’avions, de camions et de bateaux ». Une forfanterie que le baron aurait du garder pour lui si l’on en croit la suite des événements : la visite de l’acteur a permis aux services de renseignement de localiser El Chapo dans l’Etat de Durango. La fin est une question de jours, et cette fois, le Mexique ne va pas hésiter à l’extrader vers Ne-York, la justice américaine le soupçonnant de tenir pas moins du quart du marché de la drogue dans le pays.

Il reste au fils de paysan devenu milliardaire de la came à transformer son procès en tribune, ce qu’il s’emploie à faire durant quatre mois, à partir de novembre 2018. Cible : les autorités mexicaines, qu’il est bien placé pour savoir corrompues, en particulier l’ancien président Felipe Calderon et son successeur Enrique Pena Nieto, à qui l’ancien patron du cartel du Sinaola affirme avoir versé des millions de dollars. Crédible, mais improuvable.  Frédéric Ploquin

© 2019 Lucas Racasse / Frédéric Ploquin